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Culture : L'histoire du Mawled Ennabaoui Charif et de la m'nara de Miliana

Culture : l'histoire du Mawled Ennabaoui Charif et de la m'nara de Miliana/ Par Med LANDJERIT

#menara_miliana_mawled_ennabaoui

La célébration du Mawled est apparue dès le 13eme siècle dans les pays musulmans du temps des Fatimides. Au tout début, cette cérémonie était connue et organisée par et pour les hauts dignitaires établies en Égypte, au Caire principalement. Ces dignitaires faisaient partie de la dynastie des « AYOUBITE » (descendants de Salah Eddine El Ayoubi). A l’origine cette fête était un pèlerinage à la maison du prophète (que le salut soit sur lui) avec également la distribution de l’aumône aux pauvres.
Pour se généraliser, cette fête à mis trois siècles pour passer ensuite de l’Égypte au Maghreb, au Maroc d’abord sous le règne du sultan des Mérinides YACOUB.

Au Maghreb, cette fête apparaît donc vers le 16 siècle conjointement avec trois phénomènes importants :

  • a) Le développement des confréries que sont le TASSA’OUF ou la mystique.

  • b) La WALAYA, c’est donc à partir du 16eme siècle que les saints vont essaimer en Afrique du nord.

  • c) La consécration d’une nouvelle catégorie sociale (les Chorfas, descendants du prophète, que le salut soit sur lui) soit la noblesse ou l’aristocratie.

Selon les historiens, cette manifestation fut d’abord considérée comme « BID’AA » mais en Algérie les zaouias l’ont adoptée.
Plus tard au Maroc, dans les environs de la ville de Salé, pas très loin de la capitale Rabat existe une grande fête populaire avec un défilé de cierges allumés.
Cette fête donc va entrer en Algérie par l’ouest du pays, à Tlemcen plus précisément, où elle sera instaurée par le roi Abou Hamou Moussa II.
Puis elle rejoindra l’IFRIQUIA (ancienne appellation de la Tunisie) sous le règne de Abou Farès.
Ailleurs dans le monde musulman, chacun va fêter ce jour religieux comme il l’imagine, donc à partir de cierges, l’on utilisera des flambeaux puis différents objets.
Rite paien, la fête du Mawled Ennabaoui Charif est et resté une fête humaine unique.

Le Mawled à Miliana

Notre ville est connue entre-autres pour la célébration toute originale de cette fête religieuse.
Il va de soi que la procession de la m’nara n’est que symbolique et qu’une telle manifestation qui compte par ailleurs plusieurs volets est destinée avant tout à fournir à une ville assez isolée, parce qu’elle se trouve hors des grands axes routiers, des moments assez intenses pour y attirer une grande foule.
L’un des mérites de cette manifestation n’est pas tant d’organiser un spectacle que d’offrir tous les attraits de la ville dont la nature l’a si généreusement pourvue.
Véritable fête populaire, elle draine chaque année de nombreux visiteurs qui y viennent de partout, non seulement pour assister à la procession de la m’nara mais aussi pour découvrir dans cette ville tout le potentiel de beauté de fraicheur et … d’histoire.

Ceci n’est rien moins qu’un encouragement tout à fait explicite du tourisme intérieur qui demeure en effet à développer chez nous.
Fête de lumière, de ferveur, de communion et de partage, la célébration du Mawled Ennabaoui Charif à Miliana est un acte culturel qui fait partie du patrimoine immatériel de la ville. Cette cérémonie est célébrée par des poèmes religieux sur la vie et la personne de notre prophète (que le salut soit sur lui).

Elle est également constitué en réjouissances profanes par :
   - L’illumination des mosquées et maisons familiales.
   - Procession avec Zorna, Tambours, Bendirs et Snadjeks (oriflammes des différentes confréries).

Et c’est une occasion où les saints locaux sont ravivés. Parés de leurs plus beaux atours, les enfants ont la part belle et bénéficient d’une attention toute particulière ce jour là. Après la procession des m’narettes à laquelle ils prennent part et accompagnés de leurs parents, ils se rendent au mausolée de Sidi Ahmed Benyoucef pour la Ziara d’usage. La nuit, après un dîner qui a son importance, la veillée s’articulera autour de la m’nara objet de fascination, en attendant que grand-maman n’entame les chants traditionnels si particuliers et émouvants à cette cérémonie très attendue du Henné et de la Tomina.
Ainsi, avec cette célébration, nous nous devons de rester attaché à notre mémoire ancestrale, non seulement pour préserver ce patrimoine mais aussi à chercher à redorer le blason de notre prestige culturel et historique.

La M'nara Milianaise

La tradition de la m’nara existe vraisemblablement depuis l’érection du mausolée du saint patron tutélaire Sidi Ahmed Ben Youcef ou du moins peu après. Certains à tort ont pensé que la forme de la m’nara symbolise la KAÂBA CHARIFA, cela est erroné, elle ne reflète en fait que l’image d’une mosquée avec son minaret d’où son appellation de m’nara.
Véritable maquette aux multiples dimensions, la m’nara est conçue en matériaux naturels (roseau, bambou, et bois) elle est ensuite habillée de tissus et de papiers couleurs puis ornementée de cierges et de fleurs.
Chaque foyer à sa m’nara, chaque quartier aussi, ainsi chacun rivalise pour présenter la plus grande, la plus originale sinon la plus magnifique. Symbole de l’union de la famille, sa clarté est un signe de vie et d’espérance.
Ah ! Ces processions ! Que n’ont-elles fait rêver jeunes et vieux, sous les you-you des femmes derrière leurs fenêtres ! Les français en restaient médusés, devant le faste et la beauté de l’une des rares traditions spéciales à Miliana. Les m’narettes rivalisent de beauté et d’ingéniosité, dans leur conception.


La M'nara de Zougala (extrême sud de la ville) 

Fierté de tout un quartier, démarre de l’ancien café de Si El Hachemi (aujourd’hui détruit) aux alentours de la carrière AKACHA. Bien achalandée, elle prend la route portée par de jeunes bras vigoureux jusqu’à la ville. Elle rentre par la porte de Bab-El-Gherbi (entrée ouest) sous la direction de Cheikh El Ferqa Si El Hachemi, accompagné par les anciens MELOUK, AKACHA, EL FOUL, KARAHCENE, …. et arrive avec l’heure de la prière du Maghreb à Sidi Ahmed Ben Youcef.

La M'nara de Aïn El Berkouk (limitrophe avec Zougala)

Est conçue une quinzaine de jours avant le Mawled dans l’arrière boutique de l’ancien café BOURAKI situé au tournant « BENMERAD » café démoli lui aussi car situé dans un virage jugé dangereux, ayant notamment occasionné plusieurs accidents de circulation comme celui spectaculaire du car Alger/Oran dans les années quarante.

Cette m’nara comprend deux étages, sa plate forme est chargée de fruits de saison : Noix, jujubes, grenades….. Les étages supérieurs étant réservés aux friandises : Flacons de parfums, bouquets de fleurs, bonbons, henné, dons généreux des habitants du quartier. La procession démarre de la route Nationale conduite par Cheikh El Ferqa Si Mohamed BENALI, au son du baroud et des chants religieux glorifiant El Mawled Ennabaoui, chants interprétés par les confréries RAHMANIA et TAYBIA. Les figures les plus connues tels messieurs BELAGHA, BENALI, HALFAOUI, OUDJIDA, KHOUATRIA, BENMERAD, ALI SMAIL, LANDJERIT, RICHA absorbés par la « DJALALA » accompagnent le groupe.

La M'nara d'Annasseur

Toute aussi belle s’ébranle du café de la treille (Qahwet el arisch) de Si Abderrahmane HAMACHA, encadrée par le groupe « ISSAOUA » sous la direction énergique de Si Djillali BELBLIDIA.
Plus tard, la Zorna de Monsieur BRAZI, prendra la relève du groupe de BENDIRS. Comme de coutume au premier rang les notables ALI OUSALAH, DJANE AHMED, BEN AMRAT, HADJ AMAR, MERROUCHE, CHERCHALI, BENACHOUR, SEMMAR impriment la cadence.


La M'nara du Chergue (Est de la ville avant Hamama)

Fidèle à sa tradition, en cette fameuse année de 1930, avait vraiment fait sensation, forçant le maire Monsieur MICHALET Pierre et son conseil municipal, à apparaître au balcon de l’hôtel de ville pour lui rendre un vibrant hommage officiel.

Véritable œuvre d’art, un bateau à voile faisant presque deux mètres de long, armé de cinq mini canons, tirent à boulet factices dans un bruit assourdissant, (un canon de 16 mm à double charge, un second à 12 mm normal tous deux en bois dur et trois autres en bronze de calibre 12 mm réduit, tous fabriqués localement) Hadj KACEDALI Tayeb, haute stature, fier en tenue traditionnelle, avec ses grosses moustaches mène le cortège.

Ce bateau, encadré par une dizaine de jeunes en tenue de marins, coiffés de calots, paradent impeccablement sous la conduite du commandant du jour : Cheikh el ferqa Si BENMERAD le garde champêtre, suivis des BENCHAABANE, BENCHARIF, OULID DREN, BEN HADJ AMAR, Ahmed ZOUAOUI, KESSAR, BEGHDAD et consorts.
Le concepteur de cet ouvrage voulait sans doute faire passer un message assez fort à l’occupant au moment où celui-ci fêtait son centenaire de la colonisation, que les autochtones n’avaient rien perdu de leur religion, ni de leur traditions, en rappelant aussi par l’exposition de ce navire que la flotte Algérienne fût à un moment donné l’une des plus imposantes.

 

#menra_miliana_mewlid_enabawi_echarif

Après la prière du Maghreb, les m’narettes disposées en demi cercle autour de la vasque (Khaça) de la mosquée, le cérémonial commence. Le premier rang est réservé aux religieux, Oukil et Imam en tête, en face d’eux les visiteurs, assis derrière et debout les retardataires, le premier étage étant occupé exclusivement par les femmes.
Le rituel débute par la lecture de la « Fatiha ». Puis une personne faisant office de commissaire-priseur ouvre la cérémonie par : « Bism ALLAH Rahmane Rahim, Zed ALLAH fi malou, ya âmarate ed-dar » et les dons affluent. Si le donateur est connu, son nom est cité à l’adresse des présents, qui acquissent de la tête en guise de reconnaissance.
Les dons en nature sont ensuite vendus aux enchères et le produit de cette vente va alimenter la caisse de la mosquée. Chacun met un point d’honneur à acheter une petite chose surtout pour la « Baraka » et la « Fetha ». Ainsi, une à une les m’narettes se vident bien avant la fin de la cérémonie au lever du jour. Et l’on se donne rendez-vous une semaine plus tard pour la septième nuit.

Après l’Indépendance Nationale, cette tradition se perpétue grâce au dévouement de quelques personnes. Ainsi La M'nara d'Annasseur prend un autre chemin pour entrer en ville (le café de ce quartier ayant fermé pendant la guerre de libération). Sous la direction magistrale de SI BOUALEM « EL DJENDELI » de son vrai nom DAHMANI, ce défenseur acharné des us et coutumes organise chaque année cette procession. Il se fait accompagné par les « DEF » et « BENDIRS » de messieurs BOUMBADJI, REDJ’ii, BENMERAD, BENTIFOUR et BEN HADJ Amar auxquels s’ajoutent les sociétaires du club de chasse local.

Le baroud est de mise comme l’exige la tradition. D’autres irréductibles comme messieurs Mohamed SAYAH, HAMAIDIA Bouziane ainsi que DILMI sans oublier El Hadja BENBLIDIA s’investissent à leur tour pour faire revenir la m’nara à son site d’origine à savoir la « TAHTAHA » d’Annasser.
Ainsi donc Le Mawled Ennabaoui Charif Milianais avec ses m’narettes reste incontestablement une fête de lumière et de ferveur religieuse. Loin d’être un simple cliché touristique, la m’nara demeure une des plus solide tradition locale.
Rituel pérennisé depuis l’époque des fatimides, la procession égaye les principales artères de la ville. Bougies, F’nar, Cierges, « Nouwalettes » produits pyrotechniques, et autres lampions flamboyants donnent à l’atmosphère une féerie réelle.

La M'nara milianaise à Alger

Au palais de la culture MOUFDI Zakaria de Kouba à Alger, règne en ce début d’après-midi du Jeudi 25 Février 2010 une ambiance toute particulière.
L’association culturelle « El M’NARA » de Miliana se présente pour offrir à l’occasion, une des multiples traditions locales à savoir la cérémonie du Mawled Ennabaoui Charif
Cette fête au profit des familles Algéroises non seulement mais aussi de celles de Blida, Cherchell, Médéa, El-Khémis et Aïn Defla permet à la nombreuse assistance de se retremper dans un climat nullement comparable aux autres manifestations culturelles. Pour l’association « EL M’NARA » cela est une occasion de faire rencontrer et réunir les familles Algériennes à travers cette fête qui fait partie du terroir local.
Dés 13 heures, le parking extérieur connait une animation particulière en recevant un flot de voitures venant se mêler aux quatre autocars venus spécialement de Miliana le matin même.
L’immense salon marbré, aux impressionnants lustres reçoit les premiers invités. La présence en masse de personnes du troisième âge accompagnées de leurs petits enfants nous permet de situer l’importance de l’événement.
Les visages s’illuminent à la rencontre des proches ou des amis. On se congratule, on s’apostrophe, on se fait présenter les tous nouveaux notamment les belles-filles avec leur progéniture, on se remémoré le temps passé, on prend des nouvelles des absents. Émouvantes retrouvailles des personnes qui ne se sont pas rencontrées depuis les bancs du lycée ABDOU et FERROUKHI.

Nostalgie quand tu nous tiens !
15 heures, la porte à double battant donnant accès à l’auditorium s’ouvre enfin aux invités. Aussitôt la foule compacte s’engouffre dans cet espace, impatiente de se retremper dans l’ambiance d’antan.
On s’installe par affinités, les mamans cachent mal leur fébrilité, pressées de montrer à leurs petits « leur Mawled Ennabaoui d’avant ». Petit à petit le brouhaha des présents s’estompe, on chuchote, tous les regards sont braqués sur le rideau qui cache la grande scène.

Le présentateur en djellaba et babouches intervient, souhaite la bienvenue ainsi qu’une bonne fête puis laisse rapidement la place à un garçonnet haut comme trois pommes qui commence la déclamation d’une sourate du saint Coran précédée de la lecture de la « Fatiha ». Les applaudissements sont mesurés.
Sitôt, de la musique se fait entendre dans le dos du public, contraignant ce dernier à se retourner mi-intrigué, mi-curieux. L’étonnement laisse place au sourire, à la détente, La fête commence donc ! C’est la Zorna qui fait son apparition. Traditionnellement vêtus, les zernadjis entament «RANA DJINEK » le pas mesuré vers la scène en contrebas. Quelques You-You fusent, timides au début puis assez francs par la suite. Le ton est donné. Ces you-you seront encore plus fournis quand apparaissent à leur tour les porteurs de snadjeks. La salle commence à chauffer, elle communie, elle vibre.

Le rideau s’ouvre enfin laissant apparaître à la surprise générale une superbe m’nara très imposante. L’assistance est ébahie, deux personnalités présentes sont invitées à procéder à l’illumination de la belle, elles s’exécutent avec plaisir alors que la zorna redouble de rythme ce qui fait trépigner la jeune génération.
Petit à petit les 68 cierges composant la maquette géante s’allument et brillent, cela donne un spectacle féerique. La fête est totale, le public est comblé et jubile. Il le sera davantage après le passage d’une chorale enfantine qui émerveille les présents conquis par les chants religieux traditionnels du terroir entrecoupés par une déclamation de Sourates du Saint Coran exécutée par une fillette de huit ans. Beaucoup de mouchoirs sont extirpés par de vieilles personnes à la lecture de ses paroles saintes.
Ensuite des hommages sont célébrés, ils concernent Hadj Abdelkader CHERIF ancien Oukil de la Zaouia de Sidi Ahmed Benyoucef ainsi que son excellence Madame la Ministre de la culture représentée pour la circonstance par Madame Zahira YAHI l’une de ses plus proches collaboratrices, pour l’ardeur et les efforts consentis et déployés tout au long de leurs longues carrières respectives.

L’euphorie sera générale pendant la distribution d’une cinquantaine de petites m’narettes, chacun voulant s’approprier un souvenir de cette mémorable journée. Les bambins exhibent.
En attendant la procession fièrement à leurs parents leurs sacs cadeaux bourrés de friandises.

Un orchestre de musique classique andalouse issu de l’association « EL ANDALIBYA » de Miliana clôture en apothéose la cérémonie. Dès l’entame de l’ultime chanson « ABKAW ALA KHIR », la scène est envahie par le public juvénile qui s’en donne à cœur joie sans retenue. Les you-you redoublent d’intensité. Les battements de mains aussi. Les personnes retrouvent pendant un instant une seconde jeunesse. Oubliés les tracas, les bobos, le stress quotidien. Quelle thérapie ! C’est l’euphorie générale.

La dernière note musicale vient rappeler aux présents que la fête se termine, dommage ! Mais tout à une fin. Et l’on se lève à regret. Dehors, la nuit se prépare à envahir Alger, les vieilles gens ne veulent point se séparer. On s’échange des numéros de téléphone, promettant de se contacter, de se revoir, de s’inviter à la première occasion. Allez ! Une dernière accolade !
Une à une les voitures démarrent, petit à petit le parking se vide laissant le palais retomber dans sa quiétude.

 source : algermiliana.com

Quelques photos M'naret du Mouloud Ennabaoui 2018 du groupe facebook : association des amis (es) de miliana

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