20 AVRIL 1980: 35 ans après… Tamazight langue officielle?

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Le tamazight à l’école…

Depuis le printemps berbère de 1980 jusqu’à la reconnaissance de tamazight comme langue nationale, en 2003, après les événements de 2001, la langue amazighe a parcouru un très long chemin dans son processus de réhabilitation.

Il reste sa reconnaissance comme langue officielle pour permettre à la langue maternelle de millions d’Algériens de retrouver définitivement la place qui devait être la sienne depuis toujours et plus particulièrement depuis l’indépendance de l’Algérie. Actuellement, toute la classe politique algérienne, à quelques exceptions près, plaide pour la constitutionnalisation de la langue amazighe. Certains militants de cette cause avaient choisi la sphère politique pour se battre contre l’exclusion de la langue amazighe et ce, depuis la crise dite berbériste de 1949. D’autres acteurs, en revanche, ont opté pour le chemin culturel et de la production dans ce domaine. C’est le cas de Moh Saïd Boulifa et de Belaïd Ath Ali et bien plus tard de Mouloud Feraoun et Mouloud Mammeri. Belaïd Ath Ali est l’auteur du premier roman écrit en tamazight, intitulé Lwali n Wedrar qui permettra à d’autres romanciers kabyles de voir le jour bien plus tard comme Rachid Aliche, Amar Mezdad, Ahmed Nekkar, Salem Zenia… Quant à Boulifa, il est le précurseur de la recherche dans le domaine de la poésie kabyle ancienne. Sur ses traces, Feraoun et Mammeri continueront cette quête des traces littéraires d’une langue dont l’avenir était des plus incertains jusqu’à un passé très récent.

Feu Bessaoud Mohand Arab
Mouloud Mammeri maintiendra ce combat autrement mais de façon très efficace, d’abord en enseignant carrément la langue à Alger dans un cadre informel mais très sérieux mais aussi en produisant une grammaire de la langue amazighe. Puis, Mammeri ira dépoussiérer le patrimoine poétique kabyle très riche qui fera sortir de l’oubli Si Moh Ou Mhand, Youcef Ou Kaci, Chikh Mohand Ou Lhocin, Moussa A Ouagurenoun et tant d’autres. La qualité intellectuelle des travaux de recherche de Mouloud Mammeri est indéniable. C’est pourquoi, il constitue actuellement le repère indétronable de la recherche amazighe,aussi bien au plan linguistique que sur le plan littéraire. Sur un autre registre, celui de la sensibilisation qui touche un des plus grands éventails de la population berbère, le travail mené à la fin des années soixante et au début des années soixante-dix par l’Académie berbère sera également décisif. Autour de Bessaoud Mohand Arab, des militants convaincus feront le lit de ce qui sera bien plus tard le Mouvement culturel berbère.
L’effort de l’Académie berbère, aussi bien en France, qu’en Algérie, a été monumental dans la prise de conscience mais aussi dans l’apprentissage de la langue amazighe. C’est cette académie qui fera découvrir les caractères tifinagh aux Algériens via ses modestes publications qui se distribuaient sous le manteau. Les militants de cette académie, surtout ceux qui vivaient en Algérie ont dû affronter énormément de difficultés afin de faire face au régime de l’époque qui ne tolérait pas la langue amazighe.
En plus de Bessaoud, de nombreux autres noms resteront dans les annales de l’Histoire grâce à la lutte acharnée qu’ils ont menée pour que tamazight, langue et culture, ne devienne pas qu’un simple patrimoine suranné à célébrer dans les coins isolés des musées. Les graines semées par les militants de l’Académie berbère allait donner leurs premiers fruits au printemps d’avril 1980. Et c’est l’université de Tizi Ouzou, aujourd’hui baptisée Mouloud-Mammeri, qui sera la clinique qui verra naître un bébé appelé Mouvement culturel berbère grâce auquel vingt-trois ans plus tard, tamazight allait devenir langue nationale. Des étudiants de cette université invitent à l’époque Mouloud Mammeri afin qu’il anime une conférence sur son livre Poèmes kabyles anciens, qui venait d’être publié. L’écrivain, interpellé par la police n’a pu donner sa conférence et c’est l’étincelle en Kabylie. C’est la première fois depuis l’indépendance qu’on se soulève pour dire non à l’unicité de pensée. Pendant des semaines, la Kabylie abrite des manifestations pacifiques de toutes sortes, grèves, marches… Des militants sont arrêtés pour avoir tout simplement exigé qu’ils ne soient plus pourchassé parce qu’ils parlent ou écrivent leur langue. Ce qui fera encore enrager les manifestants qui exigent leur libération. Matoub Lounès, un jeune homme de vingt-quatre ans, qui deviendra un peu plus tard le symbole de l’amazighité, compose pour sa part tout un album Yehzen el oued Aissi dédié au Printemps berbère et aux vingt-quatre détenus. Il a fallu attendre dix ans pour que les premières mesures concrètes mais très timides soient prises officiellement par l’Etat envers la langue et culture amazighes. Il s’agit de l’ouverture, pour la première fois dans l’histoire de l’Algérie indépendance, de manière officielle, de deux départements de langue et culture amazighes à Béjaïa et Tizi Ouzou.

Des petits acquis et de grandes victoires
Quatre ans plus tard, le Mouvement culturel berbère (MCB) appelle à une grève illimitée dans les écoles et les universités, afin d’exiger l’enseignement de tamazight dans les écoles algériennes et la reconnaissance de tamazight comme langue nationale et officielle. La grève en question paralyse les universités de Tizi Ouzou et de Béjaïa à 100% et ce, jusqu’à avril 1995. Entre-temps, Matoub Lounès est enlevé pendant 15 jours par un groupe armé. Un enlèvement qui ne fera qu’attiser le feu de la contestation en Kabylie qui, en plus de la revendication initiale, se verra ajouter celle inhérente à la libération du Rebelle. En avril 1995, un dialogue a été amorcé entre le gouvernement et une faction du MCB, à savoir la Coordination nationale qui a abouti à la signature d’un accord dont le moins qu’on puisse dire est qu’il est historique. L’accord est conclu le 22 avril 1995 et l’élément le plus important qu’il comprend est incontestablement l’introduction de manière officielle de la langue amazighe dans le système éducatif algérien. Et c’est ainsi qu’a été créé le Haut Commissariat à l’amazighité (HCA) fondé par décret présidentiel. Le HCA est rattaché à la présidence de la République. Une troisième mesure a été également prise le 22 avril 1995. Elle est inhérente au lancement d’un journal télévisé quotidien qui sera diffusé en tamazight sur la chaîne de télévision publique à 18 heures. Personne ne pouvait logiquement et honnêtement nier que la bataille du boycott scolaire et universitaire en Kabylie en 1994 avait été couronnée par une victoire, relative certes, mais qui allait mettre définitivement fin à la menace de disparition qui pesait sérieusement sur la langue amazighe en Algérie. Désormais, après l’année du boycott scolaire et universitaire, le débat sur la légitimité de cette cause était clos et même les partis politiques qui se montraient réticents, voire hostiles à cette dimension incontestable de l’identité nationale ont fini par changer leur fusil d’épaule. Désormais, le consensus sur la question est acquis grâce à cette action historique. Certes, des centaines de milliers d’élèves et d’étudiants avaient sacrifié une année de leur scolarité. Mais que pèse un tel sacrifice devant le sauvetage d’une langue plusieurs fois millénaire? Surtout quand on sait que de nombreux militants ont payé de leur vie ce combat à l’instar de Matoub Lounès. Septembre 1995, tamazight est enseignée pour la première fois dans l’histoire dans les écoles algériennes et ce, dans pas moins de 16 wilayas. Il a fallu donc 15 ans après le Printemps berbère, pour que le fameux slogan:
«Tamazight di lakul» passe du stade revendicatif à celui de la réalité concrète du terrain. Mais ce n’est qu’en avril 2003 que tamazight est constitutionnalisée comme langue nationale dans la Constitution algérienne. Un pas de géant dans le combat identitaire. En attendant son officialisation. Dans la prochaine Constitution, pourquoi pas?

source : journal l'expression

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